Chirac Kabangu, natif de Kasangulu, est attaquant au sein de l'équipe TP Les Croyants en Entente Provinciale de Football de Kinshasa (EPF-KIN), se couche chaque soir à 22 heures et se réveille à 4 heures du matin afin d'effectuer le voyage Kasangulu - Kinshasa pour participer à l'entraînement de son équipe qui se tient au terrain Météo/Ngaliema. Il brave le froid, l'insécurité et les risques de la route avec un objectif en tête, celui d'être performant à l'entraînement pour être meilleur sur le terrain.
• Le trajet, le premier des obstacles
« Je fais l'essentiel d'être à la maison aux alentours de 20 heures, j'arrange mes affaires et je parle en famille. Vers 21 heures, je lis, je scrolle puis je prie et je m'endors à 22 heures. Je dors de bonnes heures pour me réveiller à 4 heures afin de prendre la route. Être très matinal me permet d'éviter les embouteillages et bouchons afin d'être ponctuel à l'entraînement au terrain Météo avec mon équipe, TP Les Croyants. » a-t-il déclaré en appel vocal.
Kasangulu se trouve à environ 40 à 43 kilomètres de Kinshasa par la route (voiture, bus, taxi, ...)
Le trajet Kasangulu - Terrain Météo est calculé pour 30-50 minutes et 30-32 kilomètres parcourus d'après le point de départ. Chaque jour, il lui faut en moyenne 8 000 FC (près de 4 USD) pour y arriver, c'est-à-dire 3 000 FC (près de 1,35 USD) pour Kasangulu - UPN et 1 000 FC (près de 0,45 USD) pour UPN - Terrain Météo, 4 000 FC (près de 1,80 USD) pour l'aller et, 4 000 FC pour le retour. Mais il y a des fois où il est contraint de payer le double, voire le triple, à cause du trafic routier.
• La détermination, l'essence pour continuer
Déterminé, Chirac Kabangu sait qu'il faut l'avoir pour garder courage en continuant cette lutte vers un meilleur avenir sportif.
« Plusieurs aînés et frères ont commencé cette quête, mais ils ont baissé les armes en route. Elle est dure, mais il faut le faire pour réussir. Être déterminé est un atout majeur ! » s'est-il confié.
Avec 3 buts et 1 passe décisive aux qualifications provinciales de Kinshasa (LIFKIN) pour la Coupe du Congo 2025, Chirac Kabangu a permis au TP Les Croyants de se hisser à la phase finale de la 59ème édition, un des plus grands exploits de cette formation.
• Les infrastructures et l'écosystème, les autres freins !
Contacté, le président Léon Shako, président du TP Mazembe de Lukala, anciennement TP Mazembe de Kasangulu, s'est ouvert sur cet exode rural en déplorant le manque criant de mécènes : « Il n'y a pas de vrais mécènes sportifs à Kasangulu, et les sportifs ne soutiennent pas les équipes. »
Il croit que la construction des installations sportives et la formation ou l'avènement des managers validés sont les pistes de solution permettant aux pépites d'éclore à Kasangulu sans pour autant effectuer cette quête.
L'un des fervents fans du football de Kasangulu, Kervo Makengo, était approché. Il comprend ce choix de quitter Kasangulu pour Kinshasa en s'appuyant sur les opportunités offertes : « Je pense que les talents de Kasangulu ne quittent pas leur ville par manque d’amour pour leur terre, mais souvent par manque d’opportunités, d’encadrement, de moyens financiers et de visibilité. Kinshasa offre davantage de clubs, de compétitions et de possibilités de se faire remarquer par les recruteurs. »
• L'âge d'or du football de Kasangulu, le prime !
Entre 2013 et 2017, c'était le prime du football de Kasangulu avec la grande rivalité FC Arc-en-ciel contre FC Espoir du Shell. Cette affiche remplissait le Stade Diogas à son maximum, près de 10 000 spectateurs venaient assister au plus grand match du territoire. Une rivalité qui se vivait sur l'aire de jeu et hors du stade, des scènes de violence étaient observées, obligeant les organisateurs locaux à délocaliser la rencontre au Stade Kitemoko de Mbanza-Ngungu (106 km et 2 heures de route), en mars 2015, victoire d'Espoir du Shell sur Arc-en-ciel (1-0).
Cette chaleur est éteinte à la suite de l'exode rural massif et régulier. Plusieurs joueurs ne réussissent pas et arrêtent le football pour passer à autre chose, dont la conduite des motos.
• L'argent ou la carrière ? La survie s'impose
Dans un pays où les sports ne garantissent pas une réelle assurance-vie, plusieurs ont choisi la moto plutôt que le football.
« J'étais l'un des meilleurs de ma génération ; néanmoins, il ne fallait pas se lancer dans le déni de la réalité. Star et adulé dans le Stade Diogas, mais je manquais d'argent pour payer les factures. Je conduisais la moto pour pallier ce vide et, depuis, mon rendement a baissé. Je m'étais concentré sur la recherche de l'argent plutôt que sur le football. C'est un choix de survie. » a déclaré une personne sous X (anonyme).
• Michée M'fiengi, le premier de la lignée !
Lors de la saison 2023-2024 avec le FC Étoile du Kivu, Michée M'fiengi est devenu le 1er joueur natif de Kasangulu à évoluer dans l'élite congolaise (Ligue 1). Une fierté pour tout un territoire et une réussite pour chaque rêveur !
« Une fierté immense et une lourde responsabilité. C'est un sentiment de fierté indescriptible et un honneur immense. Être le premier joueur originaire de Kasangulu à atteindre ce niveau dans le championnat national (Linafoot) est la preuve que le travail et la persévérance finissent toujours par payer. C'est aussi une responsabilité : celle de porter haut les couleurs de notre territoire, de prouver qu'il y a du talent à Kasangulu et de montrer la voie aux plus jeunes qui rêvent d'embrasser une carrière professionnelle », a-t-il déclaré.
Aujourd'hui attaquant du DC Motema Pembe, Michée M'fiengi, à cœur ouvert, est revenu sur son parcours entre ses anciennes habitudes et le niveau où il est : « Le parcours de Kasangulu à Kinshasa est un chemin semé d'embûches. Il n'a pas du tout été facile. Passer de Kasangulu aux clubs de Ligue 1, dont le DC Motema Pembe, qui est l'un des plus grands du pays, demande d'immenses sacrifices.
Entre les transports et la distance, faire les allers-retours quotidiens ou s'installer à Kinshasa représente un défi logistique et financier lourd pour un jeune joueur et sa famille. Il y a aussi le manque de visibilité : les recruteurs et les détecteurs de talents se concentrent principalement sur les ligues kinoises, donc il fallait se battre deux fois plus pour se faire remarquer. Puis il y a l'adaptation et la concurrence : à Kinshasa, le niveau est très exigeant et la concurrence est féroce. Il a fallu s'adapter à une pression constante et à un rythme d'entraînement beaucoup plus soutenu. »
Il affirme que le football de Kasangulu est rempli de talent brut et d'enthousiasme, mais qu'il manque un vrai cadre leur permettant de bien s'exprimer, c'est-à-dire que les pépites manquent d'encadrement technique qualifié et d'équipements de base (ballons, chasubles, crampons). Il a placé le mot sur l'écosystème qui reste un obstacle en manquant cruellement d'infrastructures adéquates (terrains aux normes, vestiaires) et de moyens financiers pour structurer un championnat local pérenne et compétitif.
• La relève assure déjà la suite ?
Kervo Makengo a parlé du trou que laisse les meilleurs quand ils quittent le football de Kasangulu tout en restant optimiste pour la relève : « Si les meilleurs talents quittent Kasangulu, ils laissent un grand trou dans le football de Kasangulu, mais la nouvelle génération essaye de le couvrir et, avec le temps, les joueurs de la New Génération deviennent encore meilleurs. »
À Kasangulu, le talent existe, le rêve y est aussi, mais le cadre ne permet pas un vrai développement, puis les pépites prennent la route pour Kinshasa, maximisant leurs chances d'aller très loin dans le football qui leur est une passion, une profession et un rêve !
Timothée-David Luemba
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